Time Fades Away

lundi 13 avril 2009

Le miracle de la rose

La désastreuse performance live de cet été à Bruxelles, mais il semble qu'il se soit livré au même exercice sur la date parisienne, où à deux doigts du miracle de le voir interprété devant moi, s'est transformée en désastre, néanmoins je considère toujours Berlin comme un de mes disques préférés de tous les temps.
Jusqu'à ces jours-ci j'avais une réedition vinyle, trouvée chez un soldeur il y a une douzaine d'année maintenant. J'avais le choix à l'époque entre deux exemplaires: un avec paroles sur la pochette gatefold, plus ancien, que je pensais être l'édition originale, et celui que j'ai pris, moins cher, plus récent sans doute, pochette simple, mais qui présentait l'avantage d'être comme neuf. Je ne sais plus qui disait qu'il préférait écouter une réedition en bon état qu'un original usé jusqu'à la corde, je me suis donc rangé sur cet avis.


Les paroles de la première chanson Berlin et de la dernière, Sad Song, illustrent le recto et le verso de la pochette. Je me suis souvent demandé pourquoi les autres n'y étaient pas. Je n'ai eu la réponse à ma question qu'il y a deux semaines en mettant la main, ô miracle, sur l'édition originale anglaise (ou tout du moins je le pense) dans un bac de soldes. Le grain du carton est épais et jauni. Pas de gatefold, une pochette simple, mais avec à l'intérieur un livret, sorte de roman photo avec les textes. Ouvrez bien les mirettes.






Lou Reed - Berlin - 1973 - RCA APLI 0207

Greatings from London

Alors quoi de neuf dans la besace?
Quelques merdes des années 80.


Quelques plaisirs coupables.


Un peu plus sérieux: une réedition des deux premiers albums de Tim Hardin en pochette gatefold, Tim Hardin dont j'avais embarqué le cd avec moi pour le voyage, j'aime ce genre de hasard, une réedition du Nancy & Lee de chez Rhino sur laquelle je me suis précipité. Quelques jours plus tard je tombais sur l'original, mais tant pis. Cette réedition présente l'avantage d'avoir un titre supplémentaire et de coïncider parfaitement avec l'exemplaire cd que j'ai. Puis une des bonnes surprises, un exemplaire original du Nina Simone And Piano, un de ses plus beaux albums de la période RCA, 1969.


Une réedition du SF Sorrow des Pretty Things, Iggy, Dylan, une réedition de Bring It All Back Home, un original en revanche de Times They Are A Changin'. La pochette a vécu certes mais j'aime l'épaisseur du carton. Le disque était décrit comme "poor". Après un bon décrassage, il passe parfaitement sans un craquement. Enfin, LA pièce qui justifie à elle seule le déplacement, l'original de Berlin de Lou Reed, toujours avec ce carton épais, sans un craquement non plus, et avec, chose que je n'avais jamais vu auparavant, le livret original avec pour chaque titre, parole et photo... Puis Johnny Cash, je ne pouvais pas laisser passer cet exemplaire de l'American III: Solitary Man.

dimanche 12 avril 2009

Eloge de la fuite

Il est des jours comme ça... J'ai pas pu. Ca a commencé par le lait qui a débordé contre toute attente, alors que je pensai maîtriser le point d'ébullition. C'est monté d'un coup, je l'ai retiré. En une fraction de seconde j'ai compris qu'il valait mieux que je mette la casserole dessus l'évier dare-dare.
Comme un signe, j'ai de suite senti que ce serait pas la journée. Pourtant j'étais prêt, ça serait sorti comme ça, l'air de rien devant tout le monde, histoire de diluer et surtout de pas avoir à répéter. Quoi? Qu'est-ce qu'il a dit? Dans ces moments là c'est fou comme on comprend de suite.
Donc de guerre lasse, comme ça ne faisait aucune différence que je sois là ou pas, pas la peine de lutter, je me suis éteins. Switch Off. Acte de présence. Là et ailleurs à la fois. Effacé. Mis en veille. Le reste de la conversation me passait par dessus la tête, entrait par une oreille et ressortait par l'autre avec cette pénible impression de m'ennuyer et surtout de perdre mon temps.
Je pensais à Londres, à ces instants, où seul, j'étais... bien, tout simplement. Regent's Park, Hyde Park, St James's Park.



dimanche 5 avril 2009

Suivez le guide

Pourquoi Londres? Pour tout un tas de raisons plus ou moins bonnes: le G20, la livre sterling, la Guiness, les baked beans, les disquaires... Il n'a pas trop fallu me pousser pour un nouveau pèlerinage à la "Mecque".
Premier choc: plus un seul magasin de disque sur Piccadilly Circus. Ou pour être plus exact sur les trois qu'il y avait, n'en reste qu'un: le HMV sur Shaftesbury Avenue qui est adjacente. Lors de ma dernière visite Tower Records avait déjà disparu pour laisser place à un second Virgin Megastore. Il se trouve que Virgin a été racheté par une autre firme Zavvi qui a fermé ses enseignes le 24 décembre dernier, laissant des magasins vides, à louer. Impossible de faire ses emplettes en soirée maintenant, HMV ferme ses portes pour 20h30, 21h dans le meilleur des cas, au lieu de minuit à la grande époque.
Borders une autre chaîne de produits culturels pratique des soldes drastiques sur le cd, pour tenter de se débarrasser de ces embarrassants objets dont on n'est plus certain qu'ils subsistent en fin de d'année. Ce qui est ici proposé à €6.99, ne l'est plus qu'à £4.99 quand ce n'est pas à £3 chez HMV. De bonnes affaires en perspectives? Probablement mais pour le choix, c'est réduit. Ne restent plus que les même têtes de gondoles, les mêmes artistes best sellers, tout ce que vous avez déjà chez vous en gros: les Lou Reed, les Bowie, les Neil Youngs, les Dylan etc... Inutile d'aller chercher quelque chose qui sorte de l'ordaire: c'est terminé.
La profusion et l'écclectisme c'est plutôt chez les différents disquaires d'occasions, où il ne faut hésiter à se retrousser les manches et se salir les mains pour faire, un à un, les bacs et tomber sur cds ou vinyls à £1 ou £2. Et vu les stocks qu'ils ont sur les bras, ça décôte.

Deuxième activité, la visite de la ville. Quelques points cardinaux.
Battersea Power Station, avant d'arriver en gare de Victoria. Qui ne produit plus rien depuis 1983.



Abbey Road et son passage clouté. Où tout le monde traverse à grandes enjambées en balaçant bien les bras.



Heddon Street, une petite rue qui donne sur Regent's Street. Les cartons et poubelles ont laissé place aux lounge bars et aux vastes terrasses.


jeudi 2 avril 2009

Tournez manèges

Je suis descendu deux stations plus tôt. J'ai voulu faire un dernier tour, repasser partout une dernière fois, revoir les rues la foule en moins, les larges avenues aux immenses vitrines, aux couleurs foisonnantes, aux éclairages bariolés, aux néons multicolores dans la nuit. Je me suis laissé griser, comme on fait un dernier tour de manège. Oxford Street, Regent Street, Piccadilly Circus, Soho... Peu de monde dans les rues par les temps qui courent: même à Soho, c'est la crise. Il y avait un peu de monde devant le Compton, l'Admiral Ducan. Tout le monde était là. Je n'y ai pas mis les pieds, juste passé devant. Je sais comment c'est. Ça commence par une bière, ça finit par un baiser sur le Waterloo Brigde ou une étreinte à Hyde Park. Sur le chemin du retour, j'ai fini par prendre un verre à Quebec. Je ne sais plus où j'ai lu ce commentaire: for older people. Beaucoup de cheveux blancs effectivement. La moyenne d'âge allait sûrement baisser dès que le couvre feu aurait sonné ailleurs, c'est un de rares pubs que je connaisse à rester ouvert jusqu'à deux heures du matin. Mais je n'allais pas attendre. Attendre quoi d'abord. Je suis revenu vérifier que tout était là, le long comptoir, le bar, les bouteilles jusqu'au plafond, très haut le plafond, un peu comme dans une bibliothèque, la lumière tamisée, l'ambiance feutrée. Marble Arch, j'ai repris le métro, j'ai dormi comme une souche.
Je me suis demandé ce matin comment j'allais faire pour ramener la petite quarantaine de vinyles que j'avais amassé...


Oxford Circus, quelques heures plus tôt.

vendredi 27 mars 2009

Avant/Après

Où passe le temps? Il coule doucement mais sûrement, imperturbable. Combien de fois, pressé, je me suis demandé ce que j'avais bien fait de mon temps. Parce que prendre le temps, voilà ce qui me plaît par-dessus tout. Avoir cette impression que le temps se suspend, en oubliant sa subdivision en heures ou minutes, et se déconnecte. Il se crée alors un moment, un espace que l'on peut apprécier à l'instant où reprend le flot ordinaire. Une forme de vacance. Une parenthèse qui donne l'impression d'avoir apporté ou reçu quelque chose.

On peut aussi foncer sans se poser ce genre de question, s'immerger, en abattre, et d'une autre façon, avancer. On peut en mesurer le temps par ce qui reste, quand on regarde en arrière l'oeuvre accomplie. Voilà l'exercice auquel je me suis livré. Deux années séparent en gros ces clichés. Deux années où il fallait prendre les choses à bras le corps, où il n'a pas été toujours facile de le prendre, le temps. J'y suis pas pour grand chose. A part prendre des photos, moi, vous savez...








dimanche 15 mars 2009

That's How We Die

Bashung nous a quitté hier. Depuis, je n'ai allumé ni télé ni radio, je n'ai envie d'entendre ni hommages ni oraisons funèbres. Les lire à la rigueur. J'ai déjà pas mal parlé de lui ces derniers mois. J'y reviendrai, le moment venu. Ca se passait ce vendredi 13, je suis tombé sur un exemplaire vinyl de Bleu Pétrole sans savoir que son interprète pousserait son dernier souffle le lendemain. Quand j'ai vu qu'il n'était tiré qu'à 1000 exemplaires, j'ai ramené ce n°608. Ce matin c'est The Afterlife que j'ai mis, Elysian Fields, et j'ai eu une pensé pour lui et pour ceux qu'il laisse. La première chanson, How We Die, ça allait parfaitement. Jennifer Charles et les Bashung, Alain et Chloé, se sont cotoyés cet été dans je ne sais quel festival. Elle en parle dans le journal sur leur site dans un billet publié au mois d'août. Un peu la même famille tout ce petit monde...

Ca se passait ce vendredi 13, les retrouvailles avec Elysian Fields au Kratatoa. Annoncé en formule club, c'est pourtant sur LA scène qu'ils ont joué. On avait disposé des tables des fauteuils et des bougies pour la lumière tamisée. Ils étaient accompagnés de deux musiciens: un batteur et un basssiste qui assurait aussi le piano et les claviers. Jennifer est arrivée, petite robe blanche à strass délibérement mal taillée, laissant apparaître une combinaison noire en dessous qui dépassait, perchée sur des mules à très haut talon. C'est son truc les mules, c'est pas la première fois qu'elle nous fait le coup. Avec son sac à main, deux verres à la main et sa démarche féline, elle fait la pépée, joue la fille de joie avec ses souteneurs.

C'est la quatrième fois que je les vois sur scène. Une chose frappe: Jennifer est lucide, fini l'état second, le regard embrumé, l'esprit ailleur, son frêle corps voûté. Plus besoin donc d'immersion dans les profondeurs. Plus besoin d'aller chercher la douleur pour poser la voix. Elle est là, avec nous, souriante, et ça démarre tout seul. Le spectacle commence par Drown Those Days, la magie opère instantanément. Oren lui s'est laissé pousser la barbe, ne quitte pas son couvre chef, alterne piano, basse guitare et backing vocals. Le concert s'improvise un peu comme toujours, selon l'ambiance, tourne principalement autour du dernier album mais aussi de Queen Of The Meadow qui revient à plusieurs reprises, notamment avec Bayonne, Bend Your Mind et Tides Of The Moon. Je ne sais pas pourquoi mais ça devient une habitude, quand elle chante "Let me bend your mind/ Give up your body/ If you give it a try/ Know you won't feel sorry", elle se mets toujours devant moi! Ils sont heureux, content de l'acceuil du public aquitain, puisque les voilà désormais hébergés chez Vicious Circle, un label bordelais, et que même la Région Aquitaine a aposé son logo au dos de la pochette. Quelques titres inédits, une reprise probablement, en forme de duo, mais je ne sais pas de qui, je ne connaissais pas le morceau. Le set s'achève avec un autre duo Ashes In The Winter Light et son dialogue très direct et très intime, qui conclue aussi l'album.

J'ai relaté il y a peu leur dernière prestation bordelaise, douloureuse, tendue et unique. Impossible de voir quelque chose d'aussi intense à nouveau. J'étais heureux de les revoir plus détendus et de sortir transporté de la même manière.