Au début je me suis pas méfié. Je pensai qu'il ne resterait plus longtemps avant d'avoir des nouvelles. Au bout de deux trois ans, il me semblait normal qu'il donne signe de vie. Et puis non: rien. Dix ans que ça dure. Il semble que tout se soit arrêté vers 1995. Ma petite enquête menée, les maigres renseignements trouvés n'en disent pas plus. Pas de page MySpace, ni de vidéo sur YouTube, les quelques bios qu'on peut glaner se copient/collent les unes aux autres et n'apprennent rien de plus si ce n'est qu'une décision de justice l'empêchait de se produire de 1985 à 1990.

On ne sait pas grand chose de lui. Originaire de Glasgow, fils de pasteur, élevé sans télé ni tourne-disque, dépressif notoire, fan de Presley. Il fonde au début des années 80 Bourgie Bourgie qu'il saborde au bout de deux 45t, collabore avec Aztec Camera, Vince Clarke... Et silence radio.

Qu'est devenu Paul Quinn? Deux disques difficiles à trouver et qui pourtant ont gardés intact leur poison délétère. Sa voix puissante est plus profonde que Morrissey ou Scott Walker réunis. L'atmosphère malsaine et profondément mélancolique de ces chansons est si intense qu'il est interdit de penser que ce type était un imposteur. Beauvallet dans
Les Inrockuptibles écrivait en 1992 à propos de
The Phantoms And The Archetypes, le premier album, produit par Edwyn Collins son ami d'enfance, que Paul Quinn passait en revue le catalogue de toutes les dépressions. On y trouve dessus une version de
Superstar des Carpenters la plus touchante que je connaisse. Il s'est produit en 1993 au Passage Du Nord-Ouest à Paris, et chantait pieds nus, seuls échos que j'ai trouvé. L'année suivant sort le deuxième album
Will I Ever Be Inside Of You, toujours accompagné de The Independent Group, qui rassemblait Alan Horne, le boss du label Postcard et des Commotions, l'ancien groupe de Lloyd Cole. Son dernier enregistrement à ma connaissance se trouve sur un EP compilation regroupant plusieurs artistes:
Pregnant With Possibilities Vol.1 paru en 1995, accompagné des Nectarine N°9, et s'intitule
Tiger Tiger. Et puis plus rien...

Par le plus grand des hasards, Lloyd Cole lors de la promotion de son dernier album
Anti-Depressant nous apprenait que Paul Quinn était toujours vivant, ce qui semble être un exploit, et qu'Alan Horne s'occupait de lui, ce qui semblait être, à ses dires, son seul geste de charité chrétienne.