"I am the Water Boy/ The real game's not over here", une petite phrase extraite d'une des plus poignantes chansons de Berlin de Lou Reed: The Kids.
Je suis tombé tout à l'heure sur les trois premiers albums des Waterboys. Ils me tendaient les bras, ils étaient là sous une bâche, juste de quoi les protéger de la pluie. Moi aussi j'ai fait le waterboy aujourd'hui. Nombre de gens qui ont dû la fouiller, cette pile de disques, qui n'en était pas à son premier déballage apparemment, mais les Waterboys ne semblaient intéresser personne.
A vrai dire, je les connaissais pas ces albums. La seule chose dont je me rappelle encore aujourd'hui, c'est la stupeur, le malaise et fatalement, le rejet lorsque j'ai découvert A Girl Called Johnny à Platine 45 ou un truc de ce genre, j'avais treize ans tout juste. Je ne pouvais pas comprendre cette musique à l'époque, elle en me parlait pas.
Après un décrassage sérieux, j'ai pu jouer les disques. Je dois vous avouer combien reste entêtante cette chanson, le piano et sa phrase obsédante, répétitive, la batterie qui martèle, le saxophone au bord du chavirement et combien le premier album The Waterboys est un petit bijoux.
Time Fades Away
dimanche 11 octobre 2009
dimanche 4 octobre 2009
Time To Die - Dodos
Des confettis qui jonchent le sol, le spectacle toujours un peu étrange d'arriver une fois la fête finie. Le décallage est parfois saisissant, comme quand il m'arrivait de courir le long des berges de l'Adour au milieu des tentes en camping sauvage en pleine féria de Dax, le matin. L'impression d'arriver juste après une explosion ou une catastrophe nucléaire, au beau milieu de ces toiles multicolores, où pas un centimètre carré de libre ne reste, dont on se demande si quelqu'un respire encore dedans. Quelque fois c'est un pied ou un bras endormi qui dépasse. Ou bien un malheureux, recroquevillé, la tête entre les mains, trop lourde de la soirée passée, à moins qu'il n'ait déjà vomi tripes et boyaux. Drôle de spectacle quelque fois un lendemain de fête, et vous, frais et pimpant, vous frayant un passage au milieu...

Time To Die, le troisième album des Dodos est le disque idéal pour accompagner les journées ensoleillées de cette arrière saison qui joue les prolongations. Trois petits jeunes de San Francisco qui n'en veulent. Quelque chose de frais et léger au premier abord, mais qui se révèle plus complexe qu'il n'y paraît. Ils ont fait un bond énorme dans l'écriture depuis Visiter, et ça donne des chansons qui en cachent deux voire parfois trois dans la même. Et tout ça avec pas grand chose: une guitare au picking savamment travaillé, une batterie avec des tambourins collés au basques, des marimbas (il s'agit d'un vibraphone en fait...), et la fraîcheur et l'énergie de leur jeunesse.

Time To Die, le troisième album des Dodos est le disque idéal pour accompagner les journées ensoleillées de cette arrière saison qui joue les prolongations. Trois petits jeunes de San Francisco qui n'en veulent. Quelque chose de frais et léger au premier abord, mais qui se révèle plus complexe qu'il n'y paraît. Ils ont fait un bond énorme dans l'écriture depuis Visiter, et ça donne des chansons qui en cachent deux voire parfois trois dans la même. Et tout ça avec pas grand chose: une guitare au picking savamment travaillé, une batterie avec des tambourins collés au basques, des marimbas (il s'agit d'un vibraphone en fait...), et la fraîcheur et l'énergie de leur jeunesse.
dimanche 13 septembre 2009
Tim Buckley Live at the Folklore Center, NYC - March 6, 1967

"Are you ready?"
Quelques secondes, le temps de caler la bande sur le magnéto, et c'est parti. Décollage immédiat, pas le temps d'attacher les ceintures, collé au fauteuil, départ en trombe, prise de risques maximum. On est de suite ailleurs. Tim Buckley joue avec toute l'énergie et la fougue de ses vingts ans, seul à la guitare. Le jeu est rapide, nerveux, serré, précis. Lorsqu'il accepte de se produire au Folklore Center, il vient de publier son premier album quelques mois plutôt (décembre 1966). Il faut s'imaginer ça comme un show case, en gros c'est comme s'il se produisait dans une bibliothèque municipale, la photo de la pochette l'illustre bien . Pourtant l'homme ne s'économise pas, et interprète avec fièvre des chansons dont la majorité sont inconnues de son auditoire. Sur seize, quatre sont issues du premier album, quatre autres figureront sur son second Goodbye And Hello qui sera publié au mois d'août 1967, Dolphins de Fred Neil qu'il inscrit déjà à son répertoire, et six véritables inédits qui sont le principal attrait du disque.
La technologie moderne a redonné une nouvelle jeunesse à cet enregistrement, mais il faudra tout de même procéder à de menus ajustements sur son amplificateur, atténuer les aigus un peu aigrelets à mon goût, accentuer les basses pour donner un peu plus de chaleur et de boisé à l'ensemble. La technologie moderne n'efface pas hélas la quinte de toux qui vient perturber un des inédits Cripples Cry, et indispose momentanément l'auditeur, comme si on assistait à la scène...
L'enregistrement se termine sur des applaudissements shuntés et non sur une longue salve, méritée à mon humble avis parce que la prestation est prenante, ce qui peut laisser penser qu'un ou plusieurs morceaux supplémentaires ont été joués mais qu'il n'y avait peut être plus assez de bande pour les immortaliser.

Si on veut goûter des sensations plus extrêmes encore, c'est sur Dream Letter Live In London 1968, double album exhumé en 1990, qu'il faut se pencher. Enregistré quelques semaines après la sortie du troisième album Happy Sad, Tim Buckley se livre à un exercice de haute voltige qui coupe le souffle les deux heures de temps du concert.
Les bandes du Live At The Folklore Center n'ont pas bénéficié, faute de moyens, de la remastérisation à laquelle les Beatles ont eu droit, les enjeux économiques n'étant pas les mêmes à n'en pas douter. Elles ont néanmoins l'avantage d'être un témoignage brûlant d'un instant hors du temps. Elles offrent aussi six véritables inédits, sur seize titres... pas négligeable. L'objet se présente sous forme d'un simple digipack avec petit livret et entretien avec l'artiste au moment de sa venue, pour un somme bien plus abordable que ces honteux coffrets de recyclage, vendus au prix de l'or, déclinés en stéréo pour les nigauds ou mono comme attrape-gogo...
lundi 31 août 2009
Deuxième chance - Bis
"Tout l'intérêt de pleurer consistait à cesser de pleurer avant d'avoir trop réfléchi. Tout l'intérêt du chagrin en soi consistait à le supprimer pendant qu'il était encore honnête et sincère, pendant qu'il avait encore un sens. Parce que tout se corrompt si facilement! Laissez-vous aller et vous commencerez à embellir vos propres sanglots, ou bien vous vous mettrez à raconter l'histoire des Wheeler, avec un sourire triste, sentimental(...)"
Richard Yates - La Fenêtre Panoramique - 1961
L'histoire des Wheeler? Un couple qui peine à se parler. Franck qui passe ses journées au bureau à déplacer ou entasser des piles de dossiers en attendant l'heure de la sortie. April qui ne supporte plus le quotidien médiocre, et propose à son mari une deuxième chance: repartir à zéro, tout plaquer et refaire leur vie en Europe, avant de se laisser complètement abrutir et submerger dans cette impitoyable routine qu'ils ont pourtant toujours combattu.
Ca commençait fort mais beaucoup de questions pertinentes restent en suspens. D'autres possibilités auraient pu être envisagées, mais le roman se focalise sur le drame, et finit par ne rester qu'une triste histoire: celle d'un couple qui ne survit pas à ses idéaux.
Richard Yates - La Fenêtre Panoramique - 1961
L'histoire des Wheeler? Un couple qui peine à se parler. Franck qui passe ses journées au bureau à déplacer ou entasser des piles de dossiers en attendant l'heure de la sortie. April qui ne supporte plus le quotidien médiocre, et propose à son mari une deuxième chance: repartir à zéro, tout plaquer et refaire leur vie en Europe, avant de se laisser complètement abrutir et submerger dans cette impitoyable routine qu'ils ont pourtant toujours combattu.
Ca commençait fort mais beaucoup de questions pertinentes restent en suspens. D'autres possibilités auraient pu être envisagées, mais le roman se focalise sur le drame, et finit par ne rester qu'une triste histoire: celle d'un couple qui ne survit pas à ses idéaux.
Deuxième chance
Edition Super Jewel Box, 1 titre bonus. Parution originale le 17/03/2008.
Voilà ce que j'ai renseigné dans ma base de données. Mais qu'écoutais-je à cette époque là il y a environs dix huit mois. Je me souviens chercher en vain quelque chose qui me satisfasse. A cette date sortait aussi Alopecia de Why? vers lequel je me suis dirigé en léger différé. Ce n'est qu'à l'occasion de sa nouvelle publication, sorte de deuxième chance, et accessoirement de sa sortie française le 6 avril dernier, soit plus d'un an après sa parution originale anglaise, que j'ai enfin découvert The Seldom Seen Kid et Elbow, groupe dont j'ai toujours lu les éloges et pour lequel j'ai attendu le cinquième album avant de leur accorder la moindre attention.
Et c'est un très beau disque.
Voilà ce que j'ai renseigné dans ma base de données. Mais qu'écoutais-je à cette époque là il y a environs dix huit mois. Je me souviens chercher en vain quelque chose qui me satisfasse. A cette date sortait aussi Alopecia de Why? vers lequel je me suis dirigé en léger différé. Ce n'est qu'à l'occasion de sa nouvelle publication, sorte de deuxième chance, et accessoirement de sa sortie française le 6 avril dernier, soit plus d'un an après sa parution originale anglaise, que j'ai enfin découvert The Seldom Seen Kid et Elbow, groupe dont j'ai toujours lu les éloges et pour lequel j'ai attendu le cinquième album avant de leur accorder la moindre attention.
Et c'est un très beau disque.
mercredi 26 août 2009
mercredi 19 août 2009
Cher Léonard Cohen
Je voulais juste vous demander de bien vouloir m'excuser, que je ne serai pas là demain. J'avais pourtant très envie de vous rencontrer. Dès que j'ai su que vous veniez en France cet été j'ai tout fait pour me libérer une période pour venir vous voir. Si j'ai laissé passer les dates de juillet pourtant géographiquement plus proches, il y avait Nantes et Toulouse, je pensais pouvoir venir à Nîmes, ville que je découvrirais pour le coup. Vos chansons qui caresseraient les pierres des Arènes, le programme me séduisait assez.
Mais voilà, s'il reste des places encore disponibles, parce que... le prix des billets... Oh quel insolent je fais, pas de ça entre nous... Impossible de trouver à se loger dans la région. La faute à eux. Longtemps resté coupé du monde faute d'internet, je n'ai pu organiser mon séjour à temps. Je le voyais comme suit: j'aurais passé la journée dans le train, avec un bouquin, un peu de musique et un petit somme de temps à autre. J'aurais quitté la gare, posé rapidement mes affaires à l'hôtel, pris quelques photos sous le soleil du Gard, puis après avoir arpenté la ville, je serais venu vous retrouver d'un pas tranquille. Je serais peut être resté un ou deux jour de plus.
Je renonce donc à me taper 6 heures d'autoroute sous un soleil de plomb, pour arriver lessivé dans je ne sais quel village alentour, si jamais il restait encore de la place, gagner les Arènes à la hâte, où si ça se trouve je me retrouverai au dernier rang, pour peu qu'il vous prenne l'envie saloper le spectacle... mais vous ne l'auriez pas fait, pas vous... et refaire le chemin à l'envers le lendemain.

Je voulais vous dire que j'ai été envahi par la beauté de votre dernier enregistrement public Live In London, un des plus beaux disques de ce printemps. Que je me revois chez Sister Ray à Berwick Street, fasciné par la photo de la pochette, surpris de voir ce disque qui venait de sortir alors que je ne savais pas. Je ne me suis décidé à le prendre que quelques jours plus tard en duty free, juste avant de rentrer.
Je voulais vous dire que votre voix m'apaise. Que vous avez toujours cette singulière majesté et ce charme dévastateur. Que vos chansons m'ont suivi depuis bientôt vingt ans. Que malheureusement, je ne pourrai les avoir susurrées à mon oreille qu'ici avec mes enceintes. Que je suis terriblement navré de ce rendez-vous manqué. Que je vous aime, Beautiful Loser.
Mais voilà, s'il reste des places encore disponibles, parce que... le prix des billets... Oh quel insolent je fais, pas de ça entre nous... Impossible de trouver à se loger dans la région. La faute à eux. Longtemps resté coupé du monde faute d'internet, je n'ai pu organiser mon séjour à temps. Je le voyais comme suit: j'aurais passé la journée dans le train, avec un bouquin, un peu de musique et un petit somme de temps à autre. J'aurais quitté la gare, posé rapidement mes affaires à l'hôtel, pris quelques photos sous le soleil du Gard, puis après avoir arpenté la ville, je serais venu vous retrouver d'un pas tranquille. Je serais peut être resté un ou deux jour de plus.
Je renonce donc à me taper 6 heures d'autoroute sous un soleil de plomb, pour arriver lessivé dans je ne sais quel village alentour, si jamais il restait encore de la place, gagner les Arènes à la hâte, où si ça se trouve je me retrouverai au dernier rang, pour peu qu'il vous prenne l'envie saloper le spectacle... mais vous ne l'auriez pas fait, pas vous... et refaire le chemin à l'envers le lendemain.

Je voulais vous dire que j'ai été envahi par la beauté de votre dernier enregistrement public Live In London, un des plus beaux disques de ce printemps. Que je me revois chez Sister Ray à Berwick Street, fasciné par la photo de la pochette, surpris de voir ce disque qui venait de sortir alors que je ne savais pas. Je ne me suis décidé à le prendre que quelques jours plus tard en duty free, juste avant de rentrer.
Je voulais vous dire que votre voix m'apaise. Que vous avez toujours cette singulière majesté et ce charme dévastateur. Que vos chansons m'ont suivi depuis bientôt vingt ans. Que malheureusement, je ne pourrai les avoir susurrées à mon oreille qu'ici avec mes enceintes. Que je suis terriblement navré de ce rendez-vous manqué. Que je vous aime, Beautiful Loser.
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