Time Fades Away

vendredi 20 juin 2008

Petit merdeux

Je me suis traîné ce matin. J'étais prêt à resquiller, à sauter mon tour. Puis je me suis pas écouté et me suis préparé. Il faut se secouer des fois sinon on n'arrive à rien. Et ce matin je n'en avais d'envies aucunes. Plusieurs jours que cela dure sans parvenir à isoler exactement ce qui cloche. Rien à signaler de particulier et pourtant tous les indicateurs sont dans le rouge. Les premiers kilomètres furent laborieux parce que courus sans envie, à ruminer sans cesse, sans arriver à trouver le pourquoi du comment. Et puis l'esprit de libère.

Je ne sais pas comment c'est venu. Je me suis revu trente ans en arrière, sur le coup des cinq heures après midi, une fois rentré de l'école. Je me suis revu dans le coin de la huche, je me suis revu escalader le plan de travail, chercher le chocolat rangé sur la dernière étagère. Je me suis revu le mangeant, le chocolat noir, avec un quignon de pain. Puis je me mettais à faire mes devoirs sur la table de la cuisine, histoire de pouvoir vaquer à autre choses après. Ma mère était là, à repasser ou à toute autre tâche. Il y avait la radio en fond sonore, toujours.

Comment faisais-tu pour tes devoirs, me demandait elle? Pour savoir, pour ses enfants qui allaient être scolarisés, pour se rappeler elle-même comment ça se passait quand elle était gamine. Je lui racontais le rituel du goûter et que je me débrouillais tout seul par la suite la plupart du temps, à part s'il fallait réciter quelque chose, ma mère ne courait pas spécialement après ce genre de chose. Et personne pour t'aider, ou pour te contrôler? Non, je n'aurais pas supporté. Ma réponse l'a cinglée. Elle a posé la fourchette et marqué un temps d'arrêt. Elle m'a regardé mais n'a rien dit. J'ai lu dans son regard. Elle n'a rien dit mais j'ai lu dans son regard. Pour qui tu te prends petit merdeux. Ah non, elle a répété ma phrase pour vérifier qu'elle avait bien entendu ce que je lui disais, ce qui n'a pas manqué de me faire sourire, parce non seulement elle se demandait pour qui je me prenais, petit merdeux, mais si elle avait pu elle m'en aurait foutu une, pour me remettre à ma place. Hélas, dans le restaurant où nous avons l'habitude de déjeuner depuis des années, cela aurait fait désordre.

Non je n'aurai pas supporté. Et je me suis revu, les rares fois où je demandais de l'aide, pris au piège, parce que je comprenais encore moins avec les explications de mon père et que patient comme il était la tension montait et ça finissait mal. J'ai très vite compris que pour avoir la paix, il valait mieux trouver les solutions soi-même. Je me suis revu ces derniers jours dans la situation inverse. C'est mon père qui cette fois faisait appel à moi. Pour un truc qui devait être résolu en quelques minutes, sans difficultés particulières, et qui s'est transformé en marasme, avec accumulation de problèmes annexes que je me retrouve incapable de démêler. Même en demandant de l'aide extérieure, à une dame à peine aimable, à peine compétente, qui finit par me demander sur un ton plein de reproche pour tenter de masquer ses limites, mais enfin monsieur qu'avez-vous fait? Si je le savais.

Oui c'est peut-être ça qui clochait ces derniers temps, le fait de me voir momentanément impuissant, parce que je vais pas lâcher le morceaux comme ça, c'est mal me connaître, sans trouver une solution qui me satisfasse. En tout cas, que ce soit ça ou pas, j'ai fini ma course sans plus y penser, sans voir le paysage défiler, en allant jusqu'à son terme, l'esprit dégagé et le corps libéré. Le ciel était bleu, le soleil n'avait pas encore commencé à chauffer, parce que il est enfin revenu, mais il tombe du feu dans la journée, les brumes dans mon cerveau s'étaient dissipées, je pouvais voir la vie un peu plus colorée.



The Colourful Life. Une des rares disques avec lesquels je ne sois pas fâché dans cette tristounette actualité musicale. Pas réellement un album mais une compilation des premiers singles. Rien de bien nouveau, ça rappelle les guitares de Johnny Marr. Et comme j'ai pas trouvé Colourful Life le morceau en lui même, The Race fera l'affaire.

5 commentaires:

Arty a dit…

"Ma mère était là, à repasser ..."

Ben voyons !
:)

J'adore la pochette du disque

Monsieur CRE a dit…

Euh... je peux faire l'impasse sur Cajun Truc Bidule ? Et retourner écouter Drugstore ?

Solitary Man a dit…

Arty>
Et elle n'avait et n'a toujours pas de centrale vapeur...
Oui, moi aussi je trouve la pochette de l'album très réussie, la plus belle de l'année pour le moment.

Cre>
Noix De Cajun Bidule Chouette, en fait c'est pas Johnny Marr, mais Bernard Butler ex-Suede, en fait, qui est derrière à la production, ceci explique cela.
Alors pour ce qui est de Drugstore et bien figure toi que (cut).

superlolotte a dit…

J'adore le clafoutis aux cerises!

Solitary Man a dit…

Superlolotte>
Entièrement d'accord avec toi! Le clafouti par définition, c'est à la cerise. Après on peut en faire de toute les sortes mais c'est pas pareil.