Time Fades Away

mardi 26 août 2008

Rentrée littéraire - Suite

"Dans ce temps là, à tout ce qu'il disait, elle répondait avec admiration: "Vous, vous ne serez jamais comme tout le monde"; elle regardait sa longue tête un peu chauve, dont les gens qui connaissaient les succès de Swann pensaient: "Il n'est pas régulièrement beau, si vous voulez, mais il est chic: ce toupet, ce monocle, ce sourire!", et, plus curieuse peut-être de connaître ce qu'il était que désireuse d'être sa maîtresse, elle disait: "Si je pouvais savoir ce qu'il y a dans cette tête-là!" Maintenant, à toutes les paroles de Swann elle répondait d'un ton irrité, parfois indulgent: "Ah! tu ne seras donc jamais comme tout le monde!" Elle regardait cette tête qui n'était qu'un peu plus vieillie par le souci (mais dont maintenant tous pensaient, en vertu de cette même aptitude qui permet de découvrir les intentions d'un morceau symphonique dont on a lu le programme, et les ressemblances d'un enfant quand on connaît sa parenté: "Il n'est pas positivement laid si vous voulez, mais il est ridicule; ce monocle, ce toupet, ce sourire!", réalisant dans leur imagination suggestionnée la démarcation immatérielle qui sépare à quelques mois de distance une tête d'amant de coeur et une tête de cocu), elle disait: "Ah, si je pouvais changer, rendre raisonnable ce qu'il y a dans cette tête-là."

Marcel Proust - Du Côté De Chez Swann.

Il y a une bonne vingtaine d'année je l'attaquai ce même volume: "Longtemps je me suis couché de bonne heure" et tout le toin-toin, pour devoir abandonner quelques pages plus loin. Mieux armé aujourd'hui, j'entame La Recherche à nouveau et réussis à venir à bout du premier tome en combien, six mois en gros, je ne sais plus, pas si mal que ça tout bien considéré.

Swann s'ennuie dans le beau monde. Il tombe amoureux d'Odette, une demi-mondaine, une femme qui n'est pas de son rang. Il se fourvoie chez tout ce qu'il y a de plus bête et de petit bourgeois pour lui être agréable. Mais ce monde-là lui fermera aussi ses portes, le privant de celle pour laquelle il brûle. Elle ne se privant pas de s'ouvrir à d'autres.

Pourquoi et comment-on devient amoureux? Une attirance physique, un trait de caractère, une passion commune... Quelquechose d'inexplicable de toute façon. Tout est tellement beau au début, on ne ménage pas sa peine pour séduire, aimer, se sentir aimé. Puis de silences complices en petites divergances, de compromis tacites en petits désaccords, on se rend compte parfois que ce qui nous sépare est plus grand que ce qui nous unit. Qu'on n'a plus grand chose à se dire, ni à partager. Qu'on a laissé mourir le feu. Comment a-t'on pu laissé faire, sans s'en apercevoir, sans avoir agi à temps. Le décalage qui se creuse et s'installe sans que rien on ne fasse finit par avoir raison de tout.

Alors pour ce qui est de savoir si on est avec la bonne personne, contaminé que nous sommes cette idée romantique du prince charmant ou de la princesse! C'est une autre histoire. On peut aimer tant de personnes et devenir soi-même autant de personnalités différentes. N'importe qui pourrait, alors, faire l'affaire? S'il suffisait de savoir donner sans trop attendre et recevoir sans trop regarder, que tout cela serait simple et de si peu d'intérêt finalement.

11 commentaires:

Arty a dit…

Que c'est bien tourné mon cher SM !
Bravo, tu as tout dit.

Bon c'est pas tout ça mais qu'est ce que vous avez tous à lire autant en ce moment ??? !!!!

Solitary Man a dit…

Merci mais la moitié du texte n'est pas de moi...
Qu'a-t'on à lire? On s'ennuie à croire. Ou on a rien d'autre à foutre.

SIn a dit…

Je n y suis jamais mais alors jamais arrivé, Avant la fin d une phrase j'étais déjà entrain de penser à autre chose...Du coup je perdais le fil.......

Par contre comme somnifère c'était du grand art :)

Sergio a dit…

C'est vrai que Proust est un peu coercitif : il dit tout, un peu comme l'on mène les chevaux rênes courtes. De plus naturellement cela ne manque pas d'alourdir. Mais rien sans rien, cela reste la meilleure manière d'aller au fond des choses, de sa pensée.

Solitary Man a dit…

Sin>
Un jour ça vient, ou ça peut venir, le tout est être prêt. parce que c'est dense, écrit petit, sans découpage par chapitre pour faire une pause. Puis on lit différemment les classiques maintenant qu'on a un peu vécu que sous la contrainte scolaire. Je les aborde d'une manière différente. J'aime aussi l'idée extravagante de me lancer dans de gros pavés, genre qui effraie le commun des mortels. Je l'ai déjà fait avec Dostoëvski.

Sergio>
Effectivement la façon dont il transcrit sa pensée est vraiment novatrice pour l'époque. Il ya peu et heureusement de passages purement descriptifs comme ceux du bord de la Vivone par exemple, oui là c'est un peu décourageant. Donc pas les inconvénients d'autres auteurs classiques comme Balzac notamment.
Extraire un passage n'a pas été simple parce que ce n'est pas développé en longues théories ni en longs paragraphes. Le paradoxe c'est que ce sont quelques phrases extrêmenent pertinentes judicieuses et fortes qui visent au plus juste. Et tout ça est de suite repris dans le reste du récit avec les personnages. C'est ce qui m'a frappé dans la partie Un Amour De Swann.

Bon je vais pas faire mon prof de français parce que un j'avais un point de retard au bac avec, et deux je suis pas un spécialiste. Mais je suis très heureux d'avoir des réactions sur un post de littérarure parce que souvent "ça fait pas recette".

Solitary Man a dit…

Oui je suis un peu pressé cematin vous corigerez les fautes de frappe... Non décidément pas la moyenne en français!

Arty a dit…

SM>
Ben tu vois nous sommes des intello, enfin surtout moi !!!

Solitary Man a dit…

Oui on garde tous en mémoire le souvenir de tes posts sur Tolstoï, Tourgeniev, et Dostoïevski que tu as l'avantage de lire dans le texte :))

Arty a dit…

SM>
Y a des trucs que je garde pour moi... Un peu comme la forêt noire tu vois ? Je ne partage jamais !
:°)

superlolotte a dit…

Ce que je préfère dans Un amour de Swann, c'est la dernière phrase (je crois): "Dire que j'ai gâché des années de ma vie,que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon plus grand amour pour une femme qui ne me plaisait pas et qui n'était pas mon genre!".

Solitary Man a dit…

Arty>
C'est ça l'régime crétois?

Superlolotte>
Oui ce passage est redoutable, il me plaît bien aussi. Et dire que malgré cet éclair de lucidité, il en fera tout de même sa femme... Je me demande bien comment tout ça s'est produit. Des réponses sûrement dès que j'attaquerai A l'Ombre Des Jeunes Filles En Fleur.
Pour le moment c'est du côté de chez Nathalie Sarraute que je suis retourné voir.