Time Fades Away

dimanche 18 mai 2008

Les affranchis

C'est pas de ça que j'avais prévu de causer au départ, mais depuis quelques jours ce n'est pas évident de faire se concorder les idées et les raconter.
Tout ça pour dire que vendredi, séance de cinéma improvisée pour le dernier Scorcese. Oh rien à voir avec Les Infiltrés, dernier bon cru en date qui valait le détour.

Tout de même Scorcese à voulu se payer un gang, des affranchis et pas n'importe lesquels, les Rolling Stones. Shine A Light est la mise en scène de cette confrontation, parce que les Rolling Stones vous allez pas les mener par le bout du nez, comme ça, ils en ont vu d'autres, on la leur fait pas. Néanmoins même si ça les a fait un peu chier de se plier à quelques contraintes parce que c'est pas le genre de la maison, et s'ils ont quand même accepté de se faire filmer une fois de plus, c'est parce que c'était Scorcese.
N'oublions pas que sous son aspect documentaire, tout ça n'est que du carton pâte. Scorcese qui en chie des ronds de chapeau, avec un Jagger qui passe son temps à lui casser la baraque, pas d'accord sur le décors, trop de caméras, faisant durer le suspens jusqu'à la dernière minute pour lui communiquer la setlist, ce qui entrave pas mal son travail de cinéaste. Parce que le cinéma, ça nécessite un minimum de préparation, du matériel à mettre en place, des plans, une façon de filmer: tout un métier! Et les Stones, eux, ils en ont rien à foutre. Eux leur boulot, c'est l'instantané, l'improvisation, ce qui se passe sur scène, l'imprévisible, un concert comme ils en ont fait des milliers, alors le choix des morceaux, et l'ordre de passage, mon bon ami, c'est pas leur préoccupation première.

Tout le travail de Scorcese c'est de capter cette énergie brute, imprévisible, cataclysmique, ce tourbillon de musique au grès de son évolution. Avec un Mick Jagger qui prend un malin plaisir à arpenter la scène de part en part, n'épargnant rien pour faciliter le boulot du cinéaste: nombre de fois qu'on voit des caméras se filmer, impossible de rendre le dispositif transparent, mais ça Scorcese l'a compris très vite, et doit passer outre.

Ce qui frappe c'est le contraste, parce que les Stones ils ont plus vingt ans, entre ces peaux ridées, usées, burinées, fatiguées, un défilé de papys qui sortiraient de je ne sais quelle maison de retraite, et l'énergie pure, la violence, la performance physique et sportive qu'ils produisent, j'en suis sorti fatigué de les voir se remuer comme ça pendant une heure trente. Keith Richard, goguenard, a toujours dans l'oeil la malice qui pétille d'un garnement, Ron Wood avec cet air roublard de petite vieille, la peau fripée comme un pomme cuite, toujours prêt pour les 400 coups. Visiblement ils sont heureux. Heureux de jouer encore ensemble, même si ce sont toujours les mêmes titres et depuis combien de fois. L'enthousiasme communicatif d'être sur scène, dans leur élément, ça se voit. Trouvez moi un groupe aujourd'hui qui laisse échapper un l'ombre d'un sourire sur leur visage: ils font tous la gueule.

Mais pour les Rolling Stones, c'était facile me direz-vous. Ils ont tout inventé, ou du moins ils se sont inventés. Ils ont tracé leur chemin, se moquant bien des règles: c'est eux qui se les sont faites. De vrais outlaws. Ils ont connu et participé activement dans l'insouciance de leur époque, à la libération de l'esprit et du sexe, aux nuits de stupre, de beuveries, d'orgies et de défonces, aux démêlés avec la justice, et même un peu à la prison. On va pas la leur faire donc.

D'ailleurs Hilary Clinton, puisque le concert était plus ou moins donné pour je ne sais quelle occasion en soutien aux Clintons, résume assez bien la situation en lâchant à sa maman (oui la maman d'Hilary) qui tarde à arriver pour serrer la louche au groupe un truc comme: "Mummy c'mon!! The Rolling Stones are waiting for you!!" assez habilement traduit en sous-titre par: " Voyons Maman! Tu fais attendre les Rolling Stones!!"





Les Rolling Stones


© Wild Bunch
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8 commentaires:

Kill Me Sarah a dit…

C'est pas complètement nase musicalement parlant?
Ils sont cuits depuis des années, et aussi spontannés qu'un déplacemment officiel du pingouin qui nous sert du président mais bon...
Je n'ai vu que la bande annonce... j'ai trouvé ça édifiant...

Solitary Man a dit…

C'est la seule perforamance des Stones qu'il m'ait été donné de voir. J'aimerai bien un jour pouvoir voir Cocksucker Blue, mais c'est pas facile apparemment de trouver une projection.
J'aime bien les Stones mais je suis pas un grand spécialiste. Sûr que depuis 73 début du déclin...

Ce film n'est en rien une priorité, loin de là. Mais de les voir tous, les Clitons, les Stones, des vieux croûtons et ce qu'ils sont encore capable de produire, c'est tout de même impressionnant et même un peu attachant. Sûrement moins qu'à la grande époque!

Kill Me Sarah a dit…

Ah Cocksucker blues si tu le vois projeté tu as beaucoup de chance... Les Stones n'ont autorisé Robert Frank à ne faire qu'une projection par an... par contre tu le trouves sur le torrent ou sur la mule... (et si tu trouves pas tu peux toujours m'écrire...)
Mais sur Cocksucker blues on le voit pas énormément sur scène.

Solitary Man a dit…

J'avais cru comprendre qu'après décision de justice, le film pouvait être projeté à la condition expresse que le réalisateur soit présent dans la salle. Comme je pense qu'il en a assez de voir son film, je pense qu'il ne doit plus provoquer trop d'occasion de le montrer. Donc effectivement diffusion restreinte.
A suivre donc...

Cre a dit…

C'est pas complètement naze cinématographiquement parlant ? Parce que le concert filmé, c'est à peu près aussi édifiant que le biopic (Pink Floyd live at Pompeii est le seul contre-exemple qui me vient à l'esprit).
Et puis papy Scorsese, à part LES AFFRANCHIS... Not exactly my cup of tea. Ca vaudra jamais de Palma.

Solitary Man a dit…

Cre>
Concert filmé: Lou Reed Berlin, c'était bien. I'm Not There aussi, comme quoi!
Scorcese: Depuis Les Affranchis, il n'y a guère que Casino et Les Infiltrés qui valent le coup, je crois.

Monsieur CRE a dit…

Et avant Les affranchis ?
I'm not there, un concert filmé ? depuis quand ?
Pour Julian Schnabel, comme c'est un cinéaste assez édifiant, j'ai fait l'impasse sur Berlin...

Solitary Man a dit…

Cre>
Un peu plus en détail.
Avant Les Affranchis? Afterhours, Raging Bull, Taxi Driver, Mean Streets, voilà les films que j'aime bien de Scorcese. Mais attention, je ne suis pas un spécialiste, et il fait un paquet de film plutôt mauvais aussi.
I'm Not There, pour un exemple de "bioptic" bien, patate!!
Et Julian Machinchose je m'en cogne comme de ma première liquette, en tout cas ce qu'il a capté du concert de Lou Reed était bien. Mais peut-être était-ce que le concert était bien tout court.

En résume: Scorcese à fait quelques bon films, les Stones, de bons albums de 67 à 72 en gros, mais ce film sur les Stones par Scorcese est complètement dispensable.