
On n'entre pas dans la musique de Tim Hardin comme ça, d'un seul coup. Il faut commencer par tamiser la lumière, se verser un whisky le cas échéant, et se laisser porter. Au tout début, les écoutes sont ingrates, avec l'impression que toutes les chansons se ressemblent, qu'aucune ne se détache du lot. On a envie de tout recracher, et même de ne jamais renouveler l'expérience. Et pourtant on y revient sans bien savoir pourquoi. Au tel point que ses disques sont devenus au fil du temps comme des amis. Et des pépites finissent par apparaître au fil des écoutes.

Auditionné pour Columbia au début des années 60, cet ancien des Marines ne décrocha aucun contrat au départ. C'est Verve qui le signa et lui permit de publier ses deux premiers albums, sobrement intilulés Tim Hardin 1 (1966) et Tim Hardin 2 (1967). Beaucoup y trouveront leur compte en reprenant Misty Roses (Colin Blunstone), If I Were A Carpenter (Bobby Darin), Black Sheep Boy & The Lady Came From Baltimore (Scott Waker). On compte aussi Nico parmi ses interprètes avec Eulogie To Lenny Bruce qui conclue son premier album Chelsea Girl.

Atlantic Records exhume alors des chansons de ses premières démos des sessions Columbia sous le titre This Is Tim Hardin. Pour finir de fructifier son investissement Verve publie en 1968 un enregistrement live de sa performance à Town Hall, NY, sous le nom de Tim Hardin 3 (1968). De plus en plus dépendant de la boisson et de l'héroïne, il abandonne progressivement les concerts et se voit publier des albums contre son gré puisque Tim Hardin 4 (1969) rassemble la suite des fameuses sessions Columbia, pourtant pas digne d'être publiées au moment de leur enregistrement en 1964.

La suite est une lente descente aux enfers. Il traîne avec Bob Dylan, qui lui rend hommage ou tout du moins à son grand père, John Wesley Hardin (sans g!!), assassin gentleman, le temps d'un album. Échecs critiques et commerciaux auxquels vient s'ajouter un douloureux divorce, précipitent sa déchéance. Il est retrouvé mort d'overdose le 29 décembre 1980, il avait 39 ans. Seul témoignage qui reste de lui sur la toile: son passage à Woodstock. Un seul disque à recommander: Hang On To A Dream: The Verve Recordings qui regroupe les albums Tim de 1 à 4 à l'exception du 3, et une bonne poignée d'inédits de la période en plus.